Cinémas du sud
Cinémas du sud

Paroles au cinéma

Après Ville de cinéma et Livres au cinéma, Cinémas du Sud explore désormais la question des dialogues et des répliques dans le cinéma contemporain. La sélection 2018-2019 se focalise sur des films dont le verbe est vibrant, tonitruant ou à l’inverse d’une infinie douceur.

 

Le cycle débutera par deux films dont les mots sont portés haut et fort par deux grandes comédiennes Sophia Loren dans La Ciociara et Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate.

 

Gérard Depardieu relève le gant dans sa prestation fougueuse de Cyrano de Bergerac. Il eut ensuite été impensable d’imaginer une telle programmation sans passer par Lubitsch et son sens inégalé des dialogues équivoques ni Marcel Carné dont l’association avec Prévert nous a laissé un héritage poétique d’une grande force.

 

Quant au cinéma de Douglas Sirk, il se déploie autant dans les mots que dans les non-dits et ses incommensurables secrets. Les conférences et les lectures proposées avant chaque projection apporteront un éclairage érudit pour des avant-séances ponctuées d’extraits.

La Fiancée du pirate

Nelly Kaplan, France, 1969, 1h49

Avec Bernadette Lafont, Georges Géret, Claire Maurier, Jacques Marin, Michel Constantin

 

Synopsis : A la mort de sa mère à laquelle les habitants du village ont refusé d’accorder une sépulture, Marie décide de se venger des humiliations subies par elle et sa mère.  La jeune femme accueille dans sa modeste cabane tous les notables d'un village qu’elle séduit méthodiquement.

 

La conférence : Interdit au moins de 18 ans à sa sortie en 1969, le film de Nelly Kaplan La Fiancée du Pirate, primé à Venise, met en scène le personnage de Marie, prénom au sens ironique ici, qui fait de la prostitution « libre » sa vengeance contre les hommes et les femmes du village. Critique acerbe de la bienséance et des normes de genre et de pouvoir, le film ne manque pas d’ambiguïtés cependant. La critique de cinéma, Françoise Audé notait : « Lorsque dans ma lointaine province, il m’arriva, je tombai de haut. Je me rebellai contre l’outrance de la satire naturaliste. Je discutai la teneur féministe  d’une fable où l’héroïsation d’une femme a pour contrepoint l’avilissement de toutes les autres. » Le film ouvre le débat de la représentation des femmes à l’écran et d’une héroïne portée avec flamboyance par Bernadette Laffont.

La conférencière : Nicole Fernandez Ferrer est déléguée générale du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, programmatrice, archiviste et recherchiste en audiovisuel, traductrice.

Dates des conférences :

Mardi 16 octobre à 20h00 – Le Royal – Toulon

Mercredi 17 octobre à 20h00 – Jean Renoir – Martigues

Vendredi 19 octobre à 20h00 – La Baleine - Marseille

Dimanche 21 octobre à 19h00 – L’Odyssée – Fos-sur-Mer

La Ciociara

 

Vittorio de Sica, Italie, 1963, 1h47

Avec Sophia Loren, Jean-Paul Belmondo, Raf Vallone, Eleonora Brown

 

Synopsis : 1943, Rome est violemment bombardée. Cesira, jeune veuve, décide de fuir la capitale avec sa fille de treize ans, Rosetta. Elle se dirige vers son village natal Santa Eufemia, dans la région montagneuse de la Ciociara. Elle laisse son magasin à Giovanni, son voisin charbonnier. Le trajet est dangereux sous les mitrailles des avions. A Santa Eufemia s’organise la rude vie des réfugiés. Michel, un jeune idéaliste, tombe amoureux de Cesira et trouble Rosetta.

 

La conférence : Figures du cinéma italien des années 60

La conférence abordera les personnages typiques du cinéma italien des années 1950-1960, en commentant quelques emplois qui ont rendu célèbres des acteurs comme Anna Magnani, Toto, Claudia Cardinale et Sophia Loren. Qu’ils soient issus du cabaret ou "nés" sur les plateaux de Cinecittà, ils ont en commun l’art d’enrichir les rôles traditionnels, lorsqu’ils jouent les femmes fatales ou les escrocs, tout en restant capables d’un vrai travail de composition quand il s’agit de jouer à contre-emploi.

La conférencière : Denitza Bantcheva, critique, romancière et historienne du cinéma, est spécialiste des cinématographies européennes des années 1950-1970. Elle est l'auteure d'ouvrages de référence sur Jean-Pierre Melville, René Clément et Joseph Losey. Elle a dirigé de nombreux ouvrages collectifs, parmi lesquels L'Age d'or du cinéma européen (Éditions du Revif, 2011).

Dates des conférences :

Mercredi 21 octobre à 18h30 – Port-Saint-Louis-du-Rhône - Espace Gérard Philipe

Jeudi 22 novembre à 20h30 – Valbonne - Les Visiteurs du Soir

Vendredi 23 novembre à 20h00 – Jean Renoir – Martigues

Dimanche 25 novembre à 18h00 – Grans – Espace Robert Hossein

Jeudi 13 décembre à 20h30 - Aix-en-Provence – Institut de l’Image

Denitza Bantcheva

Quelques personnages typiques du cinéma italien des années 1950-1960

 

On associe souvent le cinéma italien des années 1950 au néoréalisme, mais en fait, le genre prédominant et le plus populaire de cette période était la comédie. (Les films néoréalistes étaient bien moins largement diffusés et la plupart d'entre eux n'ont eu que du succès d'estime.) Vittorio De Sica – acteur, chanteur et cinéaste – est associable à la fois au néoréalisme et à la comédie ; c'est aussi le cas d'Anna Magnani. En France, elle est surtout connue comme interprète de rôles dramatiques et tragiques (Rome ville ouverte, Bellissima, Mamma Roma), mais elle avait également un merveilleux talent comique. De Sica et Magnani ont aussi pour point commun d'être issus du music-hall (ou plutôt, pour utiliser des termes plus proches des italiens, de la « revue » et de « l'avant-spectacle »). Toto et Aldo Fabrizi en sont également issus.

Les comédies italiennes des années 1950 et du début des années 1960 étaient partiellement inspirées du music-hall et aussi, inévitablement, de la tradition ancienne de la commedia dell'arte. L'un de leurs personnages les plus typiques, joué par Toto dans deux extraits que nous allons voir, correspond à Pulcinella : pauvre, mais roublard, débrouillard, capable de sauver la face et de garder sa noblesse jusque dans la misère.

 

Gendarmes et voleurs de Steno et Monicelli (1951), avec Toto et Aldo Fabrizi

 

Dans l'extrait suivant, nous allons voir reconstitué à l'écran le duo que Magnani et Toto ont formé maintes fois dans des « revues » et des « avant-spectacles » au cours des années 1940. Ils y tenaient les rôles principaux, autrement dit, ceux du « capocomico » - « comique en chef » ou « chef de troupe » - et de la « soubrette » - ce terme, emprunté au français, désignait un personnage féminin à la fois gouailleur et charmeur. Là aussi, Toto et Magnani jouent deux personnages désargentés et qui font preuve de débrouillardise, comparables à l’escroc joué par Toto dans Gendarmes et voleurs.

 

Larmes de joie de Monicelli (1960), avec Magnani et Toto

 

Vous pouvez mesurer la différence entre la Magnani de ce film et celle des rôles graves. De façon significative, son personnage dans Larmes de joie est une femme « libérée » (célibataire sans enfants), tandis que dans ses films dramatiques les plus célèbres, elle incarne à la fois la Romaine issue du peuple et la mère – les deux notions ayant fini par être réunies sous la plume de Pasolini (Mamma Roma). Le rôle principal de La Ciociara, celui d’une veuve pourvue d’une fille, était initialement destiné à Anna Magnani ; Sophia Loren était censée jouer sa fille ; mais nous en reparlerons plus tard.

Comme vous le savez peut-être, dans le cinéma italien, le personnage de la mère (toujours plus ou moins proche de celui d’une sainte, quand ce n’est pas de la Vierge Marie) a pour opposé complémentaire celui de la femme de mauvaise vie (« La maman et la putain », dirait Eustache). Il s’agit d’un type de femme fatale qui a pratiquement cessé d’exister dans le cinéma français dès les années 1950, mais que l’imaginaire collectif italien, imprégné de catholicisme, a maintenu jusqu’aux années 1970, voire plus tard. Dans La Viaccia de Bolognini, nous le voyons merveilleusement incarné par Claudia Cardinale, dans le rôle d’une prostituée florentine de la fin du XIXe siècle, qui va rendre presque fou d’amour le paysan inexpérimenté interprété par Belmondo. (De façon cocasse, on peut dire qu’il s’agit d’un duo d’acteurs français : à l’époque, C.C. était généralement doublée, car son italien restait imparfait – sa première langue, c’est le français – et son timbre rauque n’était pas à la mode.)

 

La Viaccia de Bolognini (1961)

 

Le point commun entre la prostituée de La Viaccia et le type de la mère/sainte, c’est la force morale, négative chez l’une, positive chez l’autre, mais toujours très prononcée. Par comparaison, les personnages masculins paraissent, selon les films, soit plus faibles – notamment les victimes des femmes fatales -, soit égaux en force psychique.

 

La Ciociara de Vittorio De Sica (1960)

 

La genèse de ce film est particulièrement intéressante et significative d’une sorte de passage de flambeau correspondant à un changement de génération chez les vedettes féminines. Adapté d’un roman célèbre d’Alberto Moravia, le film devait être réalisé par George Cukor, avec Anna Magnani et Sophia Loren. Or, Magnani a refusé le rôle, jugeant que Loren était à la fois trop mature et trop grande (de taille) pour jouer sa fille. Alors, Cukor a renoncé au projet, et Carlo Ponti l’a proposé à De Sica. Bien entendu, il était impensable de faire le film sans Sophia Loren (la compagne du producteur) ; mais c’était un risque de lui confier le rôle de la mère, s’agissant d’une actrice de 26 ans et qui n’avait pas l’habitude de ce type de personnages. Finalement, Loren allait obtenir le prix d’interprétation féminine à Cannes et un Oscar pour ce rôle, devenant ainsi l’équivalent symbolique de Magnani (la première actrice italienne « oscarisée », en 1956, pour La Rose tatouée de Daniel Mann – un autre rôle de veuve pourvue d’une fille).

Cyrano de Bergerac

Jean-Paul Rappeneau, France, 1990, 2h15

Avec Gérard Depardieu, Anne Brochet, Vincent Pérez, Josiane Stoléru

 

Synopsis : Les aventures du célèbre et turbulent cadet de Gascogne, amoureux de sa cousine, Roxane, vues par le réalisateur de "La Vie de château" et le scénariste Jean-Claude Carrière. "Il s'agissait de faire un film. Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce. Nous voulions donner à cette histoire que nous aimions la dynamique et la tension d'un film. Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers."

 

Les comédiens : Valérie Barral et Thierry Paillard ont créé la Compagnie Le Rouge et Le Vert basée à Arles. Elle accompagne la création artistique théâtrale, musicale et chorégraphique depuis l'écriture jusqu'à la représentation publique sans oublier la formation.

Dates des lectures :

Mercredi 5 décembre à 18h30 - Port-Saint-Louis-du-Rhône - Espace Gérard Philipe

Jeudi 6 décembre à 20h00 - Istres – Le Coluche

Vendredi 7 décembre à 20h00 – Vitrolles – Lumières

Jeudi 13 décembre à 20h00 – Jean Renoir – Martigues

Dimanche 16 décembre à 18h00 - Grans – Espace Robert Hossein

Sérénade à trois

Ernst Lubitsch, Etats-Unis, 1933, 1h31

Avec Miriam Hopkins, Gary Cooper, Fredric March, Edward Everett Horton, Franklin Pangborn

Synopsis : Deux artistes américains partageant un appartement à Paris tombent tous les deux amoureux de la belle et spirituelle Gilda Farrell qui ne peut se décider entre les deux prétendants. Ils décident alors d'emménager tous les trois.

 

La conférence : L’infinie délicatesse de la Lubtisch Touch

Voilà qui s’appelle avoir le sens du timing ! Juste avant que le fameux Code Hays ne soit appliqué (code de censure qui a régi la production des films de 1934 à 1966 aux Etats-Unis), Ernst Lubitsch concocte, en 1933, une comédie joliment impertinente autour d’un ménage à trois. Adapté d’une pièce de boulevard de Noël Coward, qui venait de rencontrer un vif succès à Broadway, Sérénade à trois raconte en effet l’histoire d’une jeune femme, Gilda, incapable de choisir entre ses deux prétendants et qui décide d’emménager avec eux, au vu et au su de tous.

Légère, euphorisante, cette coloc’ bohème permet à Lubitsch, « prince de l’ellipse » et du sous-entendu, d’affirmer comme rarement sa subversion. Se jouant des codes de la séduction (c’est la fille qui mène la danse !), son sous-texte comme ses dialogues – ludiques, quand ils ne sont pas joyeusement sensuels - distillent de fait un discours tranquillement amoral… L’idée, au fond, étant de prôner une forme d’intégrité : celle que l’on doit à l’art et à soi-même. « Le plus grand handicap de notre civilisation, le pire ennemi du progrès, c'est le fait que les hommes parlent une langue enrubannée » fait ainsi dire Lubitsch à l’un des membres du trio (dramaturge de son métier…). En clair, Sérénade à trois étonne par sa franchise.

 

La conférencière : Ariane Allard est journaliste et critique de cinéma. Diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, elle a été chef de rubrique, responsable des pages "Cinéma" du quotidien La Provence, à Marseille, pendant 10 ans. Travaillant aujourd’hui en free-lance à Paris, elle est membre du Comité de rédaction de la revue Positif, responsable des pages cinéma du magazine Causette, membre de la Commission d’aides aux cinémas du monde du CNC et auteure de trois ouvrages parus aux éditions de la Martinière.

Dates des conférences :

Mercredi 23 janvier à 18h30 - Port-Saint-Louis-du-Rhône - Espace Gérard Philipe

Jeudi 24 janvier à 20h30 - Valbonne - Les Visiteurs du Soir

Vendredi 25 janvier à 20h00 – Le Royal – Toulon

Samedi 26 janvier à 20h00 – Vitrolles – Lumières

Dimanche 27 janvier à 18h00 - Grans – Espace Robert Hossein

Lundi 28 janvier à 20h00 – Istres – Le Coluche

Villes de cinéma

Du 16 novembre 2016 au 2 mai 2017, Cinémas du sud, en partenariat avec l'ADRC programme un cycle de six films sur la thématique des Villes de cinéma dans 12 salles de la Région Provence - Alpes - Côte d'Azur:

  • Voyage à Tokyo
  • Au bonheur des dames
  • Un, deux, trois
  • Elle et lui
  • Vacances à Venise
  • Orfeu Negro

 

Les villes dont il est question dans ce cycle de films (Paris, New-York, Tokyo, Rio de Janeiro, Berlin, Venise) bénéficient toutes d’une aura qui leur est propre. Leur renommée internationale renvoie à des imaginaires connus et reconnus qui vont être transcendés par le regard de cinéastes résolus à détourner les yeux des spectateurs vers d’autres réalités : Tokyo rendra compte du fossé entre les générations, Paris sera la ville de l’arrivisme et d’un développement économique qui brise les destins individuels, Berlin raconte la rencontre fracassante entre la culture américaine et européenne, New-York devient le must de la comédie romantique, Venise évoque un blues touristique d’ordre métaphysique tandis que Rio Janeiro revisite les mythes grecques au rythme de la Bossa Nova.

 

Vingt-six conférences seront assurées par des critiques de cinéma dans toutes les salles participantes.

Rétrospective Jean-Pierre Melville

Jean-Pierre Melville - DR

Du 9 mars au 14 juin 2016, Cinémas du Sud organise un cycle de six films de Jean-Pierre Melville (Le Silence de la mer, Le Doulos, Le Samouraï, L'Armée des ombres, Le Cercle rouge, Un flic) dans 11 villes du réseau.

 

Interventions en salles

 

Denitza Bantcheva, romancière et historienne du cinéma, présentera Le Doulos le vendredi 13 mai à 18h30 à l'Espace Gérard Philipe de Port-Saint-Louis-du-Rhône et L'Armée des ombres le samedi 14 mai à 16h30 au Gyptis à Marseille dans le cadre de la rétrospective Jean-Pierre Melville organisée par Cinémas du Sud en partenariat avec l'ADRC (Agence pour le Développement régional du Cinéma). Cette programmation se poursuivra également à La Strada de Mouans-Sartoux, au Renoir à Martigues et à l'Eden à La Ciotat jusqu'au 22 juin.

 

Les films sont présentés en copies neuves en partenariat avec la mission répertoire de l'ADRC (Agence pour le Développement Régional du Cinéma).

 

Un document est mis à disposition des spectateurs.

 

Liste des salles

 

Chateaurenard – Le Rex – cinelerexchateaurenard.fr
Cotignac – Marcel Pagnol  - www.cotignac-info.com/cinema-marcel-pagnol
Cucuron – le Cigalon - www.cinemalecigalon.fr
Fos-sur-Mer – L’Odyssée – www.scenesetcines.fr
Grans – Espace robert Hossein – www.scenesetcines.fr
La Ciotat – Eden – www.edencinemalaciotat.com
La Garde – Le Rocher – ville-lagarde.fr/le-cinema-du-rocher

Marseille - Le Gyptis - www.lafriche.org/fr/cinema-le-gyptis
Martigues – Cinéma Jean Renoir - cinemajeanrenoir.blogspot.fr
Mouans-Sartoux – La Strada - www.cinelastrada.fr
Port-de Bouc – Le Méliès – www.cinemelies.fr
Port-Saint-Louis-du Rhône – Espace Gérard Philipe - www.scenesetcines.fr

Melville et le film noir par Denitza Bantcheva

Melville admirait le cinéma classique hollywoodien, et plus particulièrement le film noir des années 1930. Conscient que cette période appartient au passé, il cherche d’abord à renouveler le genre en mettant à distance son code. Dans Bob le flambeur, il montre le décalage entre l’image d’un caïd et sa réalité, tout en filmant Pigalle de façon quasi documentaire, sous prétexte de « suspense ». Deux hommes dans Manhattan implique la même sorte de flânerie, à New York, et piège le spectateur en lui promettant une action spectaculaire qui n’aura jamais lieu.

 

 

Cette piste de travail, qui sera suivie par la Nouvelle Vague à ses débuts (voir notamment A bout de souffle), n’intéresse plus Melville à l’étape où il conçoit le scénario du Doulos – radicalement différent du roman adapté. Sa construction narrative permet au public de faire plusieurs lectures successives des mêmes événements, lectures contradictoires mais irréductibles à une seule vérité finale. Sur le plan formel, le film déploie un esthétisme prononcé et une virtuosité « classique », tout en démontrant, étape par étape, que les bases du genre - à commencer par l’opposition entre « bons » et « méchants » ou « vrai » et « faux » - ne sont que des conventions dépourvues de sens. Selon une anecdote révélatrice, Belmondo qui avait joué son rôle avec la conviction d’incarner un personnage positif, a découvert que Silien était un indicateur, seulement en voyant le film déjà monté.

 

La trilogie

 

 

Melville s’intéresse à Delon dès 1958, envisageant de lui donner le rôle principal de Deux hommes dans Manhattan. Quelques années plus tard, il voit en l’acteur déjà célèbre « la dernière star », l’équivalent des idoles hollywoodiennes des années 1930, et il conçoit pour lui Le Samouraï. Il faudra attendre 1967 pour réaliser ce film, mais à partir de là, Alain Delon deviendra l’interprète préféré de Melville et l’incarnation emblématique de ses films noirs, aux yeux du monde entier.

 

Dans Le Samouraï, Melville réduit le code du genre à son essence, en ritualisant et en stylisant l’action criminelle, avec un esthétisme prononcé. Irréaliste au possible, le film est en même temps chargé d’un discours implicite sur la condition de l’homme moderne. Jef Costello, solitaire énigmatique, à la fois tueur à gages et personnage de tragédie prêt au sacrifice, est joué par Delon avec une intensité et une finesse qui en feront l’icône d’une nouvelle mythologie.

 

Le Cercle rouge est un nouveau défi, son scénario étant des plus complexes, organisé autour de cinq personnages importants et impliquant un délicat équilibre entre les différentes lignes du récit. Des vedettes du film, Delon était le seul initialement prévu ; les rôles de Gian Maria Volonté, Bourvil et Yves Montand leur ont été attribués assez tardivement, sans que cela empêche Melville de tirer le meilleur même de l’Italien avec lequel il s’entendait mal. A prime abord plus réaliste que Le Samouraï, ce film prolonge à travers une symbolique particulière – passant notamment par la série d’éléments visuels qui s’associent à son titre – la recherche melvillienne sur le potentiel tragique et métaphysique du genre. Ici, le thème de la fatalité qui conduit les protagonistes vers « le cercle rouge » s’associe avec une vision de la société comme règne du Mal. La perfection de la mise en scène rend le film envoûtant malgré son rythme lent et même pour le public qui n’en saisit que le premier degré – ce sera le succès le plus retentissant de Melville.

 

Un flic donne à Delon l’occasion de choisir le rôle du policier, après les truands magnifiques des volets précédents. Dans ce film crépusculaire, les gangsters sont montrés tantôt comme les fantômes d’une tradition criminelle, tantôt comme les derniers êtres vivants d’un univers en carton-pâte – à plusieurs étapes de l’action, Melville utilise sciemment des décors, des maquettes ou des peintures qui font remarquer l’artifice filmique. L’alternance visuelle entre « vrai » et « faux » va de pair avec la double vie ou la duplicité des personnages. Paradoxalement, l’inspecteur Coleman est sans doute le plus « faux » et le plus immoral des personnages, s’inscrivant ainsi dans la logique commune à la trilogie, selon laquelle les forces de l’ordre propagent inévitablement le mal qu’elles sont censées combattre. Mal reçu à sa sortie, Un flic s’impose progressivement comme une étape dans l’histoire du genre et comme l‘un des premiers films postmodernes. Son influence n’a pas fini de croître.

 

Marius, Fanny, César

Du 6 octobre 2015 au 26 janvier 2016, Cinémas du Sud propose de redécouvrir la trilogie Marcel Pagnol en format numérique restauré dans 16 salles de cinéma. Des rencontres avec Nicolas Pagnol, petit-fils du cinéaste, seront organisées dans certaines salles :

 

Dimanche 6 décembre
20h -  Port de Bouc – CinéMéliès

 

Vendredi 11 décembre
20h – Arles - Actes Sud

 

Samedi 12 décembre
20h30 – Eden – La Ciotat


Dimanche 13 décembre
15h00 - La Valette du Var  - Espace Henri Verneuil
18h00 – Grans – Espace Robert Hossein

 

Lundi 14 décembre
20h - Alhambra – Marseille
 

Mardi 15 décembre
20h45 Saint Rémy de Provence – CinéPalace

Les cycles précédents

Chaque année, Cinémas du Sud propose deux cycles consacrés à des films de répertoire. Cinémas du Sud met à disposition des salles des documents d'accompagnements et des intervenants qui animent des débats.

 

Les cycles précédents :

  • John Ford (septembre à décembre 2015)
  • Maurice Pialat (février à mai 2015)
  • René Allio (septembre à décembre 2014)
  • Billy Wilder (janvier à avril 2014)
  • Musique et cinéma (octobre à décembre 2013)
  • Jean Renoir et la couleur (janvier à mars 2013)
  • Chefs d'oeuvres restaurés (mars à juin 2012)
  • Le Road Movie (septembre à décembre 2012)
  • Rétrospective Kubrick (octobre 2011 à janvier 2012)

Actuellement

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